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influence, l’ordre et la beauté produits par un pouvoir aussi bienfaisant nous justifieraient de dire en parlant des territoires sur lesquels chacune d’elles régnerait : « les Jardins des Reines ».

54. Et ici, dès le début, nous rencontrons une question beaucoup plus profonde qui, si étrange que cela puisse paraître, demeure pourtant incertaine pour beaucoup d’entre nous, en dépit de son importance infinie.

Nous ne pouvons pas déterminer ce que doit être le pouvoir de reine des femmes avant de nous être mis d’accord sur ce que doit être leur pouvoir ordinaire. Nous ne pouvons pas nous demander comment l’éducation pourra les rendre capables de remplir des devoirs plus étendus avant de nous être mis d’accord sur ce que peut être leur vrai devoir de tous les jours. Et il n’y a jamais eu d’époque où l’on ait tenu de plus absurdes propos et laissé passer plus de songes creux sur cette question — question vitale pour le bonheur de toute société. Les rapports de la nature féminine avec la masculine, leur capacité différente d’intelligence et de vertu, voilà un sujet sur lequel les opinions semblent loin d’être d’accord. Nous entendons parler de la « mission » et des « droits » de la femme, comme s’ils pouvaient jamais être séparés de la mission et des droits de l’homme — comme si elle et son seigneur étaient des créatures dont la nature fût entièrement distincte et les revendications inconciliables. Ce qui est au moins faux. Mais peut-être plus absurdement fausse (car je veux anticiper par là sur ce que j’espère prouver plus loin) est l’i-