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dans la première, à savoir : « Comment et Ce que il faut lire », découlent d’une autre beaucoup plus profonde, que c’était mon but d’arriver à vous faire vous poser à vous-mêmes : « Pourquoi il faut lire. » Je voudrais que vous arriviez à sentir avec moi que, quelques avantages que nous donne aujourd’hui la diffusion de l’éducation et du livre, nous n’en pourrons faire un usage utile que quand nous aurons clairement saisi où l’instruction doit nous conduire et ce que la lecture doit nous enseigner. Je voudrais que vous vissiez qu’une éducation morale bien dirigée et tout à la fois des lectures bien choisies mènent à la possession d’un pouvoir sur les mal-élevés et sur les illettrés, lequel pouvoir est, dans sa mesure, au véritable sens du mot, royal ; conférant en effet la plus pure royauté qui puisse exister chez les hommes : trop d’autres royautés (qu’elles soient reconnaissables à des insignes visibles ou à un pouvoir matériel) n’étant que spectrales ou tyranniques ; spectrales, c’est-à-dire de simples aspects et ombres de royauté, creux comme la mort, et qui « ne portent que l’apparence d’une couronne royale »[1] ; ou encore tyranniques, c’est-à-dire substituant leur propre vouloir à la loi de justice et d’amour par laquelle gouvernent tous les vrais rois.

52. Il n’y a donc, je le répète — et comme je désire laisser cette idée en vous, je commence par elle, et je finirai par elle — qu’une seule vraie sorte de royauté ; une sorte nécessaire et éternelle, qu’elle

  1. Milton, Paradis perdu, IIe chant, vers 673 (je transcris cette référence du Bulletin de l’Union pour l’action morale qui m’est très aimablement communiqué par M. Lucien Fontaine (Bulletin des 1er et 15 décembre 1895).