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« Une forme terrible de l’action de la richesse en Europe consiste en ceci que c’est uniquement l’argent des capitalistes qui soutient les guerres injustes. Les guerres justes ne demandent pas tant d’argent, parce que la plupart des hommes qui les font les font gratis, mais pour une guerre injuste il faut acheter les âmes et les corps des hommes, et en plus leur fournir l’outillage de guerre le plus perfectionné, ce qui fait qu’une telle guerre exige le maximum de dépenses ; sans parler de ce que coûtent la peur basse, les soupçons et les colères entre nations qui ne trouvent pas dans toute leurs multitudes assez de douceur et de loyauté pour s’acheter une heure de tranquillité d’esprit. Ainsi à l’heure qu’il est, la France et l’Angleterre s’achètent l’une à l’autre dix millions de livres sterlings de consternation par an[1], une moisson re-

    le plus de peine ne sera probablement jamais surpasse par aucun autre de mes écrits futurs. » Dans Fors Clavigera, Unto this last est ainsi rattaché à l’ensemble de son œuvre :

    « À vingt ans j’écrivis Peintres modernes, à trente ans, les Pierres de Venise, à quarante ans, Unto this last, à cinquante ans, les Leçons inaugurales d’Oxford, et, si je finis jamais Fors Clavigera, l’état d’esprit dans lequel je me trouvais à soixante ans sera fixé.

    « Les Peintres modernes enseignèrent l’affinité de toute la nature infinie avec le cœur de l’homme ; montrèrent le rocher, la vague et l’herbe comme un élément nécessaire de sa vie spirituelle. Ce dont je vous conjure aujourd’hui, d’orner la terre et de la garder, n’est que le complément, la suite logique de ce que j’enseignais alors. Les Pierres de Venise enseignèrent les lois de l’art de bâtir et comment la beauté de toute œuvre, de tout édifice humain dépend de la vie heureuse de son ouvrier. Unto this last enseigne les lois de cette vie même et la montra comme dépendante du Soleil de justice. Fors Clavigera, IV, Lettre lxxviii, citée par M. Brunhes. (Note du traducteur.)

  1. Comparez : « Les crosses et balles anglaises et françaises, y compris celles dont nous ne nous servons pas, coûtent, je suppose, environ 75 millions par an à chaque nation » (la Couronne d’Olivier Sauvage, I, le Travail). Comparez encore (la Couronne d’Olivier Sauvage, II,