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paroles des morts, qui pourraient nous instruire, et les jetons loin de nous, au gré de notre volonté amère et insouciante, sans guère songer que ces feuilles que le vent éparpille furent amoncelées non seulement sur une pierre funéraire, mais sur les scellés d’un caveau enchanté, — que dis-je ? sur la porte d’une grande cité de rois endormis qui s’éveilleraient pour nous et viendraient avec nous, si seulement nous savions les appeler par leur nom. Combien de fois, même si nous levons la dalle de marbre, ne faisons-nous qu’errer parmi ces vieux rois qui reposent et toucher les vêtements dans lesquels ils sont couchés et soulever les couronnes de leurs fronts ; et eux cependant gardent leur silence à notre endroit et ne semblent que de poussiéreuses images ; parce que nous ne savons pas l’incantation du cœur qui les éveillerait ; par qui, si une fois ils l’eussent entendue, ils se redresseraient pour aller à notre rencontre dans leur puissance de jadis, pour nous regarder attentivement et nous considérer. Et comme les rois qui sont descendus dans l’Hadès y accueillent les nouveaux arrivants en disant : « Êtes-vous aussi devenus faibles comme nous ? Êtes-vous aussi devenu un des nôtres[1] ? » ainsi ces rois avec leur diadème que rien n’a terni, n’a ébranlé, nous aborderaient en disant : « Êtes-vous, aussi,

  1. C’est dans Isaïe (Prophétie contre le roi de Babylone) (xiv, 9, 10) que le sépulcre a réveillé les Trépassés : « Il a fait lever de leurs sièges tous les principaux de la terre, tous les rois des nations. Ils prendront tous la parole et diront (au roi de Babylone) : « Tu as été aussi affaibli que nous, tu as été rendu semblable à nous, on t’a fait descendre de ta magnificence dans le sépulcre avec le bruit de tes instruments, etc. » (Note du traducteur.)