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vait en obtenir dans les magasins, ce qui, en fait, était très peu de chose. Le défunt et son fils avaient coutume de travailler nuit et jour pour tâcher d’arriver à avoir un peu de pain et de thé, à payer la chambre (2 shillings par semaine) de manière à vivre en famille à la maison. Vendredi soir, le défunt se leva de son banc et commença à frissonner. Il jeta à terre ses bottes en disant : « Il faudra qu’un autre les finisse quand je serai mort, car je n’en peux plus. » Il n’y avait pas de feu et il dit : « J’irais mieux si j’avais chaud. » Le témoin prit donc deux paires de bottes remises à neuf[1] pour les vendre au magasin, mais il ne put avoir que 14 pence des deux paires, car on lui dit au magasin : « Il faut que nous ayons notre bénéfice. » Le témoin acheta 14 livres de charbon, un peu de thé et de pain ; son fils resta debout toute la nuit pour faire les « raccommodages » afin d’avoir de l’argent, mais le défunt mourut le samedi matin. La famille n’a jamais eu suffisamment à manger. Le coroner : « Il me paraît déplorable que vous ne soyez pas entrés à l’hospice. » Le témoin : « Nous avions besoin des conforts de notre petit chez nous. » Un juré demanda ce qu’étaient les conforts, car il voyait seulement un peu de paille dans l’angle de la chambre dont les fenêtres étaient brisées. Le témoin se mit à pleurer, et dit qu’ils avaient un couvre-pieds, et d’autres petites choses. Le défunt disait qu’il ne voudrait jamais

  1. « Une des choses que nous devons nous acharner à obtenir pour le bien de toutes les classes dans nos programmes futurs, c’est que dans aucune, on ne porte d’habillement remis à neuf. Voir la preface. » (Note de l’auteur.)