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fouet, toutes les fois qu’ils sont découverts, que la convoitise et l’amour de se quereller sont des dispositions dangereuses même chez les enfants et des dispositions mortelles chez les hommes et les nations ; que, en fin de compte, le Dieu du Ciel et de la terre aime les gens actifs, modestes et bons, et déteste les paresseux, les querelleurs, les orgueilleux, les avares et les cruels ; sur ces faits généraux vous êtes tenus de n’avoir qu’une opinion, et celle-là très forte. Pour le reste, concernant religions, gouvernements, sciences, arts, vous trouverez en général que vous ne pouvez savoir rien, rien juger ; que le mieux que vous puissiez faire, quand même vous seriez une personne instruite, est de garder le silence, de vous efforcer d’être plus éclairé chaque jour, de comprendre un petit peu plus des pensées des autres, et dès que vous essayerez de le faire honnêtement vous découvrirez que les pensées, même des plus sages, ne sont guère plus que des questions bien posées. Mettre un point difficile en lumière et vous exposer les·raisons qu’il y a de ne pas avoir d’opinion, c’est tout ce que, généralement, ils peuvent faire pour vous ; et tant mieux pour eux et pour nous si en fait ils sont capables de « mêler de la musique à nos pensées et de nous attrister, de doutes célestes[1] ». L’auteur dont je vous ai lu un passage n’est pas parmi les plus grands ou les plus sages. Il voit clairement aussi loin qu’il voit, et par conséquent il est facile de découvrir

  1. Le « library edition » indique comme référence : Emerson ; « To Rhea ».