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rais. Ils en sont corrompus intérieurement, ils en sont bouffis comme un cadavre l’est par les miasmes de sa propre décomposition. Ceci est littéralement vrai de tout faux enseignement religieux ; le premier et le dernier, et le plus fatal indice en est cette « bouffissure[1] ». Vos enfants convertis qui enseignent leurs parents ; vos forçats convertis qui enseignent les honnêtes gens ; vos sots convertis qui, ayant vécu la moitié de leur vie dans une stupéfaction crétine et s’éveillant tout à coup au fait qu’il y un Dieu, s’imaginent en conséquence être son peuple spécial[2] et son messager ; vos sectes de toute espèce, petites et grandes, catholiques et protestantes, d’Église haute ou basse, autant qu’elles se croient seules dans le vrai et les autres dans le faux ; et avant tout dans chaque secte ceux qui tiennent que l’homme peut être sauvé en pensant bien au lieu d’agir bien, par la parole au lieu de l’acte[3], et par la foi au lieu des

  1. Allusion à I Corinthiens, viii, 1 ( « La connaissance bouffit, la charité édifie. » Cf. ce verset cité dans Stones of Venice. II, 2, XXX. (Note du traducteur.)
  2. Cf. Præterita « un protestant qui ne se fie qu’à soi pour interpréter tous les sentiments possibles des hommes et des anges », et cet autre, à Turin, « qui prêchait à quinze vieilles femmes qu’elles étaient, à Turin, les seuls enfants de Dieu ». (Note du traducteur.)
  3. Mais les actes cependant ne suffisent pas : « Avec sa main droite le Christ nous bénit, mais nous bénit sous condition : Fais ceci et tu vivras, ou plutôt dans un sens plus strict : "Sois ceci et tu vivras." Montrer de la pitié n’est rien, être pur en action n’est rien, tu dois être pur aussi dans ton cœur ». (Bible d’Amiens, IV, 54). Le texte de Sésame et celui de la Bible d’Amiens ne me paraissent pas d’ailleurs inconciliables. Ce qui doit être bon, c’est l’être même. Or un désir de bonté, suivi d’un acte mauvais, ne peut pas suffire à constituer la bonté de l’être, car l’acte mauvais est alors causé par quelque chose de mauvais qui est en nous. Voilà pour Sésame. Et pour la Bible d’Amiens : Mais l’acte bon ne doit pas être