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par un luxe inutile et bizarre, elle continue à donner en une sorte de livre ouvert, écrit dans un langage solennel où chaque caractère est une œuvre d’art, et que personne ne comprend plus. Lui donnant un sens moins littéralement religieux qu’au moyen âge ou même seulement un sens esthétique, vous avez pu néanmoins le rattacher à quelqu’un de ces sentiments qui nous apparaissent par-delà notre vie comme la véritable réalité, à une de « ces étoiles à qui il convient d’attacher notre char ». Comprenant mal jusque-là la portée de l’art religieux au moyen âge, je m’étais dit, dans ma ferveur pour Ruskin : Il m’apprendra, car lui aussi, en quelques parcelles du moins, n’est-il pas la vérité ? Il fera entrer mon esprit là où il n’avait pas accès, car il est la porte. Il me purifiera, car son inspiration est comme le lys de la vallée. Il m’enivrera et me vivifiera, car il est la vigne et la vie. Et j’ai senti en effet que le parfum mystique des rosiers de Saron n’était pas à tout jamais évanoui, puisqu’on le respire encore, au moins dans ses paroles. Et voici qu’en effet les pierres d’Amiens ont pris pour moi la dignité des pierres de Venise, et comme la grandeur qu’avait la Bible, alors qu’elle était encore vérité dans le cœur des hommes et beauté gravé dans leurs œuvres. La Bible d’Amiens n’était, dans l’intention de Ruskin, que le premier livre d’une série intitulée : Nos pères nous ont dit ; et en effet si les vieux prophètes du porche d’Amiens furent sacrés à Ruskin, c’est que l’âme des artistes du xiiie siècle était encore en eux. Avant même de savoir si je l’y trouverais, c’est l’âme de Ruskin que j’y allais chercher et qu’il a imprimée aussi profondément aux pierres d’Amiens qu’y avaient imprimé la leur, ceux qui les sculptèrent, car les paroles du génie