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ait jamais tué, ou saint Jérôme jamais chéri la créature sauvage ou blessée, est sans importance pour nous enseigner ce que les Grecs entendaient nous dire en représentant le grand combat sur leurs vases[1], où les peintres chrétiens faisant leur thème de prédilection de la fermeté de l’Ami du Lion. Une tradition plus ancienne, celle du combat de Samson[2], — le prophète désobéissant, — de la première

    l’image même de sa pensée, pour donner la vie à ses livres dont brille aujourd’hui sur eux l’immortel reflet. Mais si ces églises sont la vie des livres de Ruskin, elles en sont l’esprit. (Jamais le vers que redit Fantasio : « Tu m’appelles ta vie, appelle-moi ton âme » ne fut d’une application plus juste.) Sans doute les livres de Ruskin ont gardé quelque chose de la beauté de ces lieux. Sans doute, si les livres de Ruskin avaient d’abord créé en nous une espèce de fièvre et de désir qui donnaient, dans notre imagination, à Venise, à Amiens, une beauté que, une fois en leur présence, nous ne leur avons pas trouvée d’abord, le soleil tremblant du canal, ou le froid doré d’une matinée d’automne française où ils ont été lus, ont déposé sur ces feuillets un charme que nous ne ressentons que plus tard moins prestigieux que l’autre, mais peut-être plus profond et qu’ils garderont aussi ineffaçablement que s’ils avaient été trempés dans quelque préparation chimique qui laisse après elle de beaux reflets verdâtres sur les pages, et qui, ici, n’est autre que la couleur spéciale d’un passé. Certes si cette page du Repos de saint Marc n’avait pas d’autre charme, nous n’aurions pas eu à la citer ici. Mais il nous semble que, commentant cette fin du chapitre de la Bible d’Amiens, elle en fera comprendre le sens profond et le caractère si spécialement « ruskinien ». Et, rapproché des pages similaires (Voir les notes, pages 213, 214, 338 et 339), il permettra au lecteur de dégager un aspect de la pensée de Ruskin qui aura pour lui, même s’il a lu tout ce qui a été écrit jusqu’à ce jours sur Ruskin, ce charme ou tout au moins ce mérite, d’être, il me semble, montré pour la première fois. — (Note du Traducteur.)

  1. « Le grec lui-même sur ses poteries ou ses amphores mettait un Hercule égorgeant des lions » (la Couronne d’olivier sauvage, traduction Elwall, p. 44). — (Note du traducteur.)
  2. Allusion au XIVe livre des Songes où Samson déchire un jeune lion « comme s’il eût déchiré un chevreau sans avoir rien en sa main ». « Et voici, quelques jours après, il y avait dans le