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crainte ou de la colère ; ils peuvent sans danger dire tout ce qu’ils veulent, ils sont enchaînés par la tradition et dans une sorte de solidarité fraternelle à la représentation par des scènes toujours identiques de doctrines inaltérées ; et ils sont forcés par la nature de leur œuvre à une méditation et à une méthode de composition qui ont pour résultat l’état le plus pur et l’usage le plus franc de toute la puissance intellectuelle.

47. Je puis en une fois et sans avoir besoin de revenir sur cette question faire ressortir la différence de dignité et de sûreté entre l’influence sur l’esprit de la littérature et celle de l’art[1] en vous reportant à une page qui met d’ailleurs merveilleusement en lumière la douceur et la simplicité du caractère de saint Jérôme, bien qu’elle soit citée, là où nous la trouvons, sans aucune intention favorable, — à savoir dans la jolie lettre de la reine Sophie-Charlotte (mère du père de Frédéric le Grand) au jésuite Vota, donnée en partie par Carlyle dans son premier volume, chap. IV.

« Comment saint Jérôme, par exemple, peut-il être une clef pour l’Écriture ? — insinue-t-elle — citant de Jérôme cet aveu remarquable de sa manière de composer un livre, spécialement de composer ce livre, Commentaires sur les Galates, où il accuse saint Pierre et saint Paul tous deux de fausseté et même d’hypocrisie. Le grand saint Augustin a porté contre lui cette fâcheuse accusation (dit Sa Majesté qui donne le chapitre

  1. Ruskin avait dit autrefois (1856) dans un sentiment d’ailleurs différent : « Cet art du dessin qui est de plus d’importance pour la race humaine que l’art d’écrire, car les gens peuvent difficilement dessiner quelque chose sans être de quelque utilité aux autres et à eux-mêmes et peuvent difficilement écrire quelque chose sans perdre leur temps et celui des autres. » (Modern Painters, IV, XVII, 31, cité par M. de la Sizeranne). — (Note du Traducteur).