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collective. Le lecteur protestant qui croit porter sur la Bible un jugement indépendant et l’étudier par lui-même n’en est pas moins à la merci du premier prédicateur doué d’un organe agréable et d’une ingénieuse imagination[1] ; recevant de lui avec reconnaissance et souvent avec respect quelque interprétation des textes que l’agréable organe ou l’esprit alerte puisse recommander ; mais, en même temps, il ignore entièrement, et, s’il est laissé à sa propre volonté, détruit invariablement comme injurieuses les interprétations profondément méditées de l’Écriture qui, dans leur essence, ont été sanctionnées par le consentement de toute l’Église chrétienne depuis mille ans, et dont la forme a été portée à la perfection la plus haute par l’art traditionnel et l’imagination inspirée des plus nobles âmes qui aient jamais été enfermées dans l’argile humaine.

46. Il y a peu de Pères de l’Église chrétienne dont les commentaires de la Bible ou les théories personnelles de son Évangile n’aient pas été, à l’exultation constante des ennemis de l’Église, altérés et avilis par les fureurs de la controverse ou affaiblis et dénaturés par une irréconciliable hérésie. Au contraire, l’enseignement biblique donné à travers leur art par des hommes tels que Orcagna, Giotto, Angelico, Luca della Robbia et Luini, est littéralement vierge de toute trace terrestre des passions d’un jour. Sa patience, sa douceur et son calme sont incapables des erreurs qui viennent de la

  1. Voir les passages de Præterita (III, 34, 39) cités par M. Bardoux, où Ruskin discute sur la Bible avec un protestant « qui ne se fiait qu’à soi pour interpréter tous les sentiments possibles des hommes et des anges » et où à Turin il entre dans un temple où l’on prêche à quinze vieilles femmes « qui sont, à Turin, les seuls enfants de Dieu ». — (Note du Traducteur.)