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du Christ : « S’ils n’entendent pas Moïse et les Prophètes ils ne seront pas persuadés quand même un mort ressusciterait[1] », hantèrent l’esprit du reclus jusqu’à ce qu’il eût résolu que la voix de Moïse et des Prophètes serait rendue audible aux églises de toute la terre. Mais, autant que nous en avons la preuve, aucune telle volonté ni espérance n’exalta les tranquilles instincts de son naturel studieux. Ce fut moitié par exercice d’écrivain, moitié par récréation de vieillard qu’il se plut à adoucir la sévérité de la langue latine, ainsi qu’un cristal vénitien, au feu changeant de la pensée hébraïque ; et le « Livre des livres » prit la forme immuable dont tout l’art futur des nations de l’Occident devait être une interprétation de jour en jour élargie.

Et à ce sujet vous avez à remarquer que le point capital n’est pas la traduction des Écritures grecques et hébraïques en un langage plus facile et plus général, mais le fait de les avoir présentées à l’Église comme étant d’autorité universelle. Les premiers Gentils parmi les chrétiens avaient naturellement une tendance à développer oralement en l’exagérant ou en l’altérant l’enseignement de l’Apôtre des Gentils jusqu’à ce que leur affranchissement de la servitude de la loi judaïque fît place au doute sur son inspiration ; et même après la chute de Jérusalem, à l’interdiction épouvantée de son observance. De sorte que, peu d’années seulement après que le reste des Juifs exilés à Pella eut élu le Gentil Marcus comme évêque, et obtenu l’autorisation de retourner à l’Oelia Capitolina bâtie par Adrien sur la montagne de Sion, « ce devint

  1. Saint Luc, xvi, 31. — (Note du Traducteur.)