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de quitter pour des intérêts très inférieurs notre père ou notre mère, et ne voyons pas la nécessité d’aucun plus grand sacrifice ; nous connaîtrions plus de nous-mêmes et du christianisme si nous avions plus souvent à soutenir l’épreuve que saint Jérôme trouvait la plus difficile. J’ai vu que ses biographes lui donnaient çà et là des marques de leur mépris parce qu’il est une jouissance à laquelle il ne fut pas capable de renoncer, celle du savoir ; et les railleries habituelles sur l’ignorance et la paresse des moines se reportent dans son cas sur la faiblesse d’un pèlerin assez luxueux pour porter sa bibliothèque dans son havresac. Et il serait curieux de savoir (en mettant comme il est de mode de le faire aujourd’hui l’idée de la Providence entièrement de côté) si, sans cet enthousiasme littéraire qui était dans une certaine mesure une faiblesse du caractère de ce vieillard, la Bible fût jamais devenue la bibliothèque de l’Europe.

Car, c’est, remarquez-le, la signification réelle dans sa vertu première du mot Bible[1] : non pas livre simple-

    votre paix, être en rivalité avec ceux qui vous sont chers : c’est cela — si les paroles du Christ ont un sens — c’est bien cela qui sera demandé à ses vrais disciples. » — (Note du Traducteur.)

  1. Cf. Sesame and lilies, of Kings Treasuries, 17 : « Quel effet singulier et salutaire cela aurait sur nous qui sommes habitués à prendre l’acception usuelle d’un mot pour le sens véritable de ce mot, si nous gardions la forme grecque biblos ou biblion comme l’expression juste pour « livre », au lieu de l’employer seulement dans le cas particulier où nous désirons donner de la dignité à l’idée et en le traduisant en anglais partout ailleurs. Par exemple, nous traduirions ainsi les Actes des Apôtres (xix, 19). « Beaucoup de ceux qui exerçaient des arts magiques réunirent leurs Bibles et les brûlèrent devant tous les hommes, et en comptèrent le prix et le trouvèrent de cinquante mille pièces d’argent. Et, si au contraire, nous traduisions là où nous la conservons, et parlons toujours du Saint Livre au lieu de la Sainte Bible, etc. » — (Note du Traducteur.)