Page:Ruskin - La Bible d’Amiens.djvu/217

Cette page a été validée par deux contributeurs.


exemples sur le monde chrétien moins zélé ; et Dieu seul sait jusqu’où leurs prières furent entendues ou leurs personnes agréées. Nous pouvons seulement constater avec respect que dans leur grand nombre pas un seul ne semble s’être repenti d’avoir choisi cette sorte d’existence, aucun n’a péri par mélancolie ou suicide ; les souffrances auxquelles ils se condamnèrent eux-mêmes, ils ne se les infligèrent jamais dans l’espoir d’abréger les vies qu’elles rendent amères ou qu’elles purifient ; et les heures de rêve ou de méditation sur la montagne ou dans la grotte paraissent rarement s’être traînées pour eux aussi lourdement que celles que, sans vision ni réflexion, nous passons nous-mêmes sur le quai et sous le tunnel.

31. Mais quelque jugement qu’on doive porter après un dernier et consciencieux examen, sur les folies ou les vertus de la vie d’anachorète, nous serions injustes envers Jérôme si nous le regardions comme son introducteur dans l’Ouest de l’Europe. Il l’a traversée lui-même comme une phase de la discipline spirituelle ; mais il représente dans sa nature entière et dans son œuvre finale, non pas l’inactivité chagrine de l’Ermite, mais le labeur ardent d’un maître et d’un pasteur bienfaisants. Son cœur est dans une continuelle ferveur d’admiration ou d’espérance — restant jusqu’à la fin non seulement aussi impétueux que celui d’un enfant mais aussi affectueux ; et les contradictions du point de vue protestant qui ont dénaturé ou dissimulé son caractère se reconnaîtront dans un obscur portrait de sa réelle personnalité lorsque nous arriverons à comprendre la simplicité de sa foi, et sympathiser un peu avec la charité ardente qui peut si facilement être froissée jusqu’à l’indignation et n’est jamais contenue par le calcul.