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humides et marécageux. Aussi pendant que tels des Français comme ceux qui habitaient sur le bras principal du fleuve (Rhin) étaient nommés « Nageurs » (Swimmers), ceux des marais étaient appelés « Saulteurs » (Leapers) ; c’était un sobriquet donné aux Français en raison et de leur disposition naturelle et de leur résidence ; et encore aujourd’hui, leurs ennemis les appellent les Crapauds Français (ou Grenouilles plus exactement), d’où est venue la fable que leurs anciens rois portaient de telles créatures dans leurs armes. »

31. Sans aborder en ce moment la question de savoir si c’est une fable ou non, vous vous rappellerez aisément l’épithète « Salien », caractérisant les gens qui sautent les fossés, traversent les fleuves à la nage, si bien que, comme nous l’avons dit précédemment, toute la longueur du Rhin dut être refortifiée contre eux, épithète toutefois, où il paraît à l’origine y avoir un certain Sel délicat, de sorte que nous pouvons justement, comme nous appelons « vieux Salés » nos marins endurcis, songer à ces Francs plus brillants, plus étincelants, comme à de « Jeunes Salés » ; mais les Romains joueront en quelque sorte sur le mot, et dans leur respect naturel pour la flamme martiale et « l’élan » de ces Franks, ils en feront « Salii exsultantes[1] » du nom même de leurs propres prêtres armés qui les suivaient à la guerre.

  1. Leur première mauvaise exultation, en Alsace, avait été provoquée par les Romains eux-mêmes (ou du moins par Constantin dans sa jalousie de Julien) qui y avaient employé « présents et promesses, l’espoir du butin et la concession perpétuelle de tous les territoires qu’ils seraient capables de conquérir » (Gibbon, chap. ix, 3-208). Chez tout autre historien que Gibbon (qui n’a réellement aucune opinion arrêtée sur aucun caractère ni sur aucune question, mais s’en tient au truisme