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Le Turc et le Grec, le Bouddhiste et l’Arménien, le Copte et le Parsi, tous manifestent dans une centaine d’actes de la vie quotidienne le grand fait de leur croyance en Dieu. Avant tout leurs vices comme leurs vertus témoignent qu’ils reconnaissent un Dieu.

« Pour les occidentaux, au contraire, toute pratique extérieure est un objet de honte, une chose à cacher. Une procession de prêtres dans quelque Strade Reale serait probablement regardée par un Anglais ordinaire d’un œil moins tolérant qu’une fête de Juggernaut[1] à Orissa ; mais devant l’une comme devant l’autre il laissera paraître le même zèle iconoclaste, elles lui inspireront toutes deux la même idée, qui n’en est pas moins arrêtée parce qu’elle est rarement affirmée en paroles. « Vous priez, c’est pourquoi je fais peu de cas de vous. »

Mais, en réalité, cette impatience d’humeur des Anglais modernes à accepter le tour religieux de la pensée orientale semble cacher une différence plus profonde entre l’Orient et l’Occident. Tous les peuples orientaux possèdent cette tournure d’esprit religieuse. C’est le lien qui rattache ensemble leurs races si profondément différentes. Voici qui pourra servir d’illustration à ce que je veux dire.

Sur un bateau à vapeur autrichien de la Compagnie Lloyd dans le Levant, un voyageur de Beyrouth verra souvent d’étranges groupes d’hommes rassemblés sur le gaillard d’arrière. Le matin les missels de l’église grecque seront posés sur les bastingages, et une couple

  1. Nom de la déesse Kim, une des incarnations de Siva, donné par extension au temple et à la ville de Pouri sur la côte d’Orissa (Coromandel). — (Note du Traducteur.)