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Londres la station de Charing Cross elle-même n’a pas entièrement effacé des esprits sa mémoire ou son nom.

30. L’histoire de la Robe épiscopale est la dernière histoire relative à saint Martin dont je me risquerai à vous dire qu’il est plus sage de la tenir pour littéralement vraie que pour un simple mythe ; bien qu’elle reste assurément un mythe de la valeur et de la beauté la plus grande ; enfin j’ai encore à vous conter une histoire. Cette fois-ci vraiment la dernière et où je reconnais que vous serez plus sage de voir une fable que l’exacte expression de la vérité, bien que quelque grain de vérité soit sans nul doute à sa base. Ce grain de vérité, de ceux qui, jetés sur un bon terrain, se multiplient au centuple en poussant, ce doit être quelque trait tangible et inoubliable de la façon dont saint Martin se comportait dans la haute société ; quant au mythe, sa valeur et sa signification sont de tous les temps.

Saint Martin donc, comme le veut le récit, était un jour à dîner à la première table du globe terrestre — à savoir, chez l’empereur et l’impératrice de Germanie ! Vous n’avez pas besoin de chercher quel empereur, ou laquelle des femmes de l’empereur ! L’empereur de Germanie est dans tous les anciens mythes l’expression du plus haut pouvoir sacré dans l’État, comme le pape est le plus haut pouvoir sacré dans l’Église. Saint Martin était donc à dîner, comme nous l’avons dit, avec naturellement l’empereur assis à côté de lui à gauche, l’impératrice à droite ; tout se passait dans les règles, Saint Martin prenant grand plaisir au dîner, et se rendant agréable à la compagnie, pas le moins du monde une sorte de saint à la saint Jean-Baptiste. Vous savez aussi que dans les fêtes royales de ce temps, des gens d’un rang social très inférieur avaient accès