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et je conçois parfaitement que la conduite de Clovis ait pu être plus dénuée de scrupules précisément dans la mesure où sa foi était plus sincère.

Si Clovis ou Clotilde avaient pleinement compris les préceptes de leur maître, l’histoire à venir de la France et de l’Europe aurait été autre qu’elle n’est. Ce qu’ils étaient capables de comprendre ou en tous cas ce qui leur fut enseigné, vous verrez qu’ils y obéirent, et qu’ils furent bénis en y obéissant. Mais leur histoire est compliquée de celle de plusieurs autres personnages relativement auxquels nous devons noter maintenant quelques détails trop oubliés.

22. Si au pied de l’abside de la cathédrale d’Amiens, nous prenons la rue qui conduit exactement au sud, après avoir laissé la route du chemin de fer à gauche, elle nous amène au bas d’une côte qui monte graduellement — à peu près la longueur d’un demi-mille ; c’est une promenade assez agréable et douce, qui se termine au niveau du terrain le plus élevé qu’il y ait près d’Amiens ; d’où, regardant en arrière, nous voyons au-dessous de nous la cathédrale entière, excepté la flèche, le sommet que nous avons atteint étant de niveau avec le faîte de la cathédrale ; et, au sud, la plaine de France.

C’est à peu près à cet endroit, ou sur le chemin qui va de là à Saint-Acheul, que se trouvait l’ancienne porte romaine des Jumeaux où l’on voyait Romulus et Rémus nourris par la louve ; et par laquelle sortit d’Amiens à cheval, un jour de dur hiver, cent soixante-dix ans avant que Clovis fût baptisé, un soldait romain enveloppé dans son manteau de cavalier[1], sur la

  1. Plus exactement son manteau de chevalier, selon toute probabilité la trabea à raies rouges et blanches, le vêtement