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VOYAGE PITTORESQUE

DANS LE BRÉSIL.


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PORTRAITS ET COSTUMES.


L’Afrique fut dès les temps les plus anciens un marché d’esclaves, mais ce commerce ne prit une importance politique que par la découverte de l’Amérique. On croit fort généralement que le père las Casas, le protecteur des Indiens, fut le premier qui imagina l’importation des Nègres en Amérique, dans la vue de soulager les Indiens, qui n’étaient point de force à supporter les travaux que leur imposaient les conquérans. Néanmoins cette opinion est inexacte ; car à une époque antérieure celle où las Casas se déclara le protecteur des Indiens, on avait importé déjà des esclaves noirs à l’île d’Hispaniola. Nicolas Ovando, lorsqu’il prit le gouvernement de l’île, reçut, entre autres instructions, celle d’y faire venir beaucoup de Nègres pour les travaux des mines et des plantations. Cet ordre fut exécuté avec tant de zèle, qu’Ovando se vit bientôt contraint de prier le gouvernement de n’en plus envoyer, par le motif qu’ils échappaient facilement à leurs maître, et qu’ils allaient s’établir parmi les Indiens, auxquels ils communiquaient beaucoup de mauvaises habitudes. Peu de temps après, l’introduction des Nègres en Amérique fut effectivement défendue ; mais l’expérience prouva de jour en jour davantage, qu’il fallait absolument que, d’une manière quelconque, les Indiens fussent affranchis d’une partie des travaux que leur imposaient les conquérans, à moins qu’on ne voulût s’exposer à manquer bientôt entièrement d’ouvriers. Les Dominicains, qui dans toutes les occasions ont soutenu la cause des Indiens avec le plus grand zèle, et qui voulaient que les plantations et les mines d’Amérique fussent exploitées par des Nègres, disaient que ceux-ci l’emportaient tellement sur les Indiens par les forces physiques, qu’un Nègre à lui seul travaillait autant que quatre Indiens. Le licencié las Casas avait fait diverses autres propositions pour adoucir le sort de ces derniers, sans qu’une seule de ces propositions ait été jugée d’une exécution possible ; il se rangea donc enfin à l’avis des Dominicains, dans l’ordre desquels il entra dans la suite, et il le soutint de toute