Page:Rugendas - Voyage pittoresque dans le Brésil, fascicule 10, trad Golbéry, 1827.djvu/3

Cette page a été validée par deux contributeurs.

VOYAGE PITTORESQUE

DANS LE BRÉSIL.


----


PORTRAITS ET COSTUMES.

MULÂTRES.


On sera peut-être étonné de ce que dans un cahier destiné à nous faire connaître les différens costumes des habitans libres du Brésil, nous commencions par entretenir nos lecteurs des Mulâtres ; mais nous serons pleinement justifié, si l’on considère que les gens de couleur, quoique légalement assimilés aux Blancs, composent, pour la plus grande partie, les classes inférieure de la société, et que par conséquent c’est à eux qu’il faut s’adresser pour connaître le costume national. Qu’on nous permette donc quelques observations sur cette importante portion de la population du Brésil.

Sans nous occuper de nuances et de subdivisions qui ne sont d’aucun intérêt pratique, et auxquelles on ne fait pas d’ailleurs beaucoup d’attention, nous nous bornerons à signaler parmi les gens de couleur trois classes principales : d’abord celle des Mulatos, qui sont issus de l’union de Blancs et de Nègres (et ici peu importe que ce soit le père ou la mère qui ait appartenu à la race blanche). En second lieu viennent les Mestizos, Metis ou Mamalucos, qui sont les enfans des Blancs et des Indiens ; enfin, les Cabras ou Caboclos, nés de Nègres et d’Indiens. Le nombre de ces derniers est très-petit, et les alliances entre les Indiens et les Blancs sont aussi fort rares aujourd’hui. Elles étaient beaucoup plus fréquentes dans les temps qui suivirent immédiatement l’établissement des Européens ; car les aventuriers qui, les premiers, vinrent se fixer parmi les Indiens, manquaient absolument de femmes, et ne pouvaient en prendre d’autres. Peut-être aussi les femmes du pays étaient-elles alors d’un aspect moins sauvage et d’un extérieur moins repoussant.

Le nombre des Mulâtres est incomparablement plus grand, et il serait difficile, surtout dans la masse du peuple, de trouver beaucoup d’individus de l’extérieur desquels on pût conclure avec quelque certitude qu’ils n’ont point hérité de sang africain de leurs ancêtres. Quelque bizarre que puisse paraître l’assertion que nous