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de maintenir la serre dans un certain degré d’humidité. D’après les semis que j’ai faits dans divers mois de l’année, j’ai trouvé que les mois de prairial et de messidor étoient ceux qui convenoient le mieux au climat de Paris, mais surtout le mois de prairial.

Cette plante demande une terre friable et sabloneuse ; outre qu’elle tient mieux dans ces sortes de terreins, la récolte en devient plus facile. En ayant semé dans un terrein gras et tenace, je n’ai pu venir à bout de les séparer de la terre qui entour soit les bulbes, qu’en lavant le tout ensemble dans des paniers ; opération longue et pénible.

Cette plante me paroît mériter, jusqu’à un certain point, l’attention des cultivateurs, sur-tout dans les provinces septentrionales de la république, où les amandiers ne croissent pas. On fait avec ces tubercules un orgeat qui ne le cède en rien à la liqueur composée avec des amandes : les Espagnols le préfèrent à celle-ci, du moins ils le trouvent plus rafraîchissant.

J’ai cru que l’usage d’une boisson saine, agréable, et qu’on peut se procurer par-tout, mériteroit d’être introduit en France, si toutefois la modicité de son prix n’est pas un titre d’exclusion auprès de certaines personnes.

Lasteyrie.


RÉFLEXIONS
Sur la diminution progressive des Eaux.


La diminution des eaux qui fertilisaient la vallée de Montmorency ne tardera pas à lui faire perdre ses épithètes de belle, de riche, que lui ont prodiguées les Tressan, les Jean-Jacques ; bientôt on doutera qu’elle ait pu leur inspirer ces descriptions poétiques dont ils ont embelli leurs romans, et auxquelles leur brillante imagination ne pouvoit rien ajouter.

Les nombreuses sources de ses coteaux nord, taries maintenant en grande partie, n’alimentent plus les ruisseaux dont elle étoit coupée ; celles même destinées à la boisson de ses habitans suspendent par intervalles leurs tributs ; les bestiaux vont chercher l’eau qui jadis se trouvoit sous leurs pas ; enfin, les puits se dessèchent, et le cerisier, l’ornement de cette vallée, qui, sur ce sol, ne demande que l’eau pour engrais, ne jouira bientôt plus de cette humidité bienfaisante à laquelle ne peut suppléer l’industrie du propriétaire : aussi le volume et l’étendue des eaux de l’étang de Montmorency sont-ils considérablement diminués[1] ; il ne subsisteroit même plus sans les coteaux sud, couron-

  1. Son moulin, qui, dans cette saison-ci, débitait par jour, il y a dix ans, 1000 kilogrammes de grains ; a eu moulage, depuis vingt-quatre heures, au