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JEAN RIVARD

Gérin-Lajoie, dessinant d’une main ferme, parfois si rude, le portrait du colon, a voulu réunir en lui toutes les qualités traditionnelles et acquises qui font chez nous si digne de tous les respects l’habitant canadien.

Non seulement Jean Rivard est un défricheur à la fois sensible et actif, et non seulement il est âpre à la besogne et persévérant, mais il est foncièrement honnête, juste, désintéressé, généreux. Et il est tout cela à la fois, parce qu’il est aussi et tout d’abord foncièrement chrétien.

N’est-il pas vrai que, dans notre pays, le christianisme du colon est d’une qualité, d’une valeur toute spéciale ? Il est plus ingénu, plus confiant, plus dévoué, plus complet peut-être, que le christianisme des gens de nos vieilles paroisses — encore que beaucoup de nos vieilles paroisses aient conservé la plupart de leurs vertus traditionnelles. Le colon n’ignore pas que la hache et la croix font en ses mains le plus puissant faisceau ; que ce sont elles qui ont ensemble tracé dans nos forêts les grandes routes de la fortune et de la civilisation ; et qu’à toutes les phases de notre histoire nationale, il n’eut jamais, lui, le colon travailleur et fatigué, de meilleur soutien, de plus assidu consolateur, que l’homme de la croix, le missionnaire ! Quand le jeune bûcheron quitte pour la première fois le foyer paternel où se multiplient les enfants, et qu’il part à la conquête d’une terre à défricher, il emporte avec lui, dans la forêt, sans doute, le regret des joies familiales pour un moment supprimées, mais aussi la foi de ses parents, l’exemple des vertus domestiques, le chapelet de sa première communion, et, comme Jean Rivard, une Imitation de Jésus-Christ que lui aura confiée sa Louise bien-aimée. Et dans l’humble cabane où chaque soir il revient, le jeune colon garde les chrétiennes habitudes de son enfance, il prie lé Dieu des paysans, celui que priait son père, le Dieu qui chaque année renouvelle la forêt, fait pousser les blés, et préserve de tout dommage la moisson prochaine. Et jamais la joie de ce rude travailleur n’est plus vive ni plus profonde que