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ANTONIN PROULX

LE CŒUR EST LE MAÎTRE[1]




Voici un roman qui est bien l’un des meilleurs qu’on ait publiés chez nous, en ces derniers temps. Et monsieur Antonin Proulx, qui en est l’auteur, s’y révèle tout à la fois délicat psychologue et solide écrivain.

Le roman s’amorce par une correspondance et se termine par un câblogramme. Gérard Sauret est un jeune blessé de guerre, blessé au visage où une balafre a posé sa laideur impitoyable… Riche, jeune encore, il n’espère plus être aimé, et il cherche dans la poésie, dans les vers et la prose qu’il fait, une diversion à son ennui, une occupation pour son esprit, un objet pour sa sensibilité ardente.

La guerre a mis à la mode les correspondances transatlantiques. Il n’y a pas que des filleuls qui écrivent à des marraines d’outre-mer. Gérard, qui souffre dans sa solitude laborieuse, correspond avec une jeune fille de Bayonne, Gabrielle d’Arjac. Affaire de se distraire d’abord. On causera de choses indifférentes, Gabrielle de ses Pyrénées, Gérard d’histoire et de littérature du Canada. Mais les lettres ne tardent pas à se charger de mots tendres, de sentiments, de confidences qui font se toucher les âmes inconnues. Gérard s’assure pourtant que l’on restera dans les bornes de la plus discrète affection : il annonce, il avoue sa laideur physique, la blessure qui doit rebuter l’amour. Mais le cœur est le maître, et le cœur qui peut abolir toutes les disgrâces aperçues, triomphe facilement des déformations invisibles. « On n’aime

  1. Le Cœur est le maître. Roman par Antonin Proulx. Un vol. in-12, 350 pages, aux Éditions Édouard Garand, Montréal, 1930.
    Cette étude ne fait pas partie du groupe des Essais et Nouveaux Essais.