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ROMANCIERS DE CHEZ NOUS

de le composer. Il faut, pour mener à bien une œuvre aussi considérable, des convictions religieuses fortes et actives, il faut l’expérience des voyages aux pays orientaux, il faut surtout un talent littéraire éprouvé, que n’effraient pas les entreprises hardies.

Or, M. Routhier — nul ne l’ignore et tous l’en félicitent — est un chrétien, un convaincu militant ; il fut un jour pèlerin et touriste inlassable, et sa plume est justement capable d’oser. Revenu depuis quelques années d’un long voyage aux pays messianiques, il a voulu décrire ce qu’il a vu, et reconstituer dans le décor qui est resté fixé devant ses yeux les scènes lointaines, mystérieuses de la vie de Jésus. Et pour qu’on lise son livre, pour qu’on s’y attache et pour qu’on y revienne, il a mêlé à tous ces récits, à toutes ces reconstructions historiques, la trame menue et légère d’une intrigue amoureuse.

Voici comment l’auteur procède.

La première partie du roman est consacrée à une correspondance échangée entre Caïus — c’est le centurion de Magdala — et son ami Tullius, resté à Rome. Caïus raconte à Tullius ses impressions galiléennes, et Tullius met le centurion au courant des choses de la vie romaine. C’est une excellente occasion pour le romancier de décrire copieusement le pays du Messie. Caïus s’y applique avec une suffisante précision ; et il fait aussi part à Tullius de ses rencontres avec Myriam — lisez Madeleine — de son inclination subite, de ses espérances sans issue. Il raconte encore quelques-unes des actions de Jésus ; et ces lettres sur le Prophète amorcent la curiosité de Tullius, qui ne sera jamais satisfaite. Le correspondant romain disparaît, en effet, à la fin de cette première partie ; on ne le reverra plus, et on se demande