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la mort du christ


III


À l’instant, un grand cri s’élevant du Calvaire,
Voix suprême du temps et de l’éternité,
Comme un écho des cieux, ébranle l’atmosphère :
C’est l’heure où de Jésus s’éteint l’humanité !
L’heure où le sacrifice auguste se consomme.
Et ce grand cri du Christ est son dernier adieu ;
Car ce Dieu doit mourir pour prouver qu’il est homme,
Et l’homme revivra pour prouver qu’il est Dieu !

La terre tressaillant jusque dans ses entrailles,
Comme une feuille au vent, dans l’espace trembla.
La cité des hébreux secoua ses murailles,
Et la mer dans son lit bondit et recula !
Tordus et mugissants les monts s’entrechoquèrent,
Et les rochers fendus volèrent en lambeaux.
Josaphat s’entrouvrit, et les morts se levèrent,
Renversant lentement les pierres des tombeaux.
Les patriarches saints, les prophètes, les justes,
Que des siècles gardaient dans l’éternel sommeil,
Sentirent tout-à-coup dans leurs cendres augustes
Comme un frémissement d’un étrange réveil.
Ils reconnurent tous la voix de leur Messie,
De Celui qu’ils avaient si longtemps attendu,
Et se groupant autour de l’arbre de la Vie,
Ils dirent : nous voici, nous t’avons entendu !