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chrétienne

en disant : que le poëte ne doit pas porter la main sur l’Évangile, par respect pour la parole de Dieu.

Sans doute cette objection mérite examen. Oui, le poète doit avoir le plus profond respect pour la Parole de Dieu, et il doit éviter avec le plus grand soin tout ce qui pourrait être considéré comme une innovation, ou une interprétation hétérodoxe.

Mais, ces réserves faites, et toutes mesures de prudence une fois prises, je ne vois pas pourquoi l’on ne pourrait pas commenter en vers, aussi bien qu’en prose, un texte sacré, en montrer les beautés, en faire ressortir les leçons. Je ne vois pas pourquoi le poète, que la lecture de nos Livres Saints a jeté dans l’enthousiasme ne pourrait pas exprimer dans son langage imagé les impressions qui l’ont envahi — pourvu toujours qu’il ne s’éloigne pas du sens orthodoxe attaché à la scène qu’il décrit, au miracle qu’il raconte, à la parabole qu’il explique.

Car il va sans dire que le poète n’a aucune autorité pour interpréter et enseigner, et qu’il doit accepter du corps sacerdotal l’interprétation autorisée en pareille matière.

Parmi les poètes modernes, que les beautés poétiques de l’Évangile ont séduit, j’ai déjà nommé M. de Laprade, que j’admire beaucoup. Ses Poèmes Évangéliques témoignent non seulement d’une foi et