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LE CENTURION

Tous les peuples ont cru à l’origine en un seul Dieu, et lui ont décerné un culte sincère, mais la fausse science des uns et les passions des autres ont dénaturé les croyances primitives, et multiplié les formes des manifestations divines.

Tant que ce travail a été fait de bonne foi, et dans le but de rendre hommage à la Divinité, la religion n’a pas cessé d’être méritoire aux yeux de Dieu. Mais quand il a eu pour objet d’excuser les passions mauvaises de la nature humaine, les dieux sont devenus un objet de risée ; et la foi en s’éteignant a entraîné la nation dans sa décadence. C’est la leçon de l’histoire.

La religion primitive fondée sur d’antiques révélations, sur la tradition et sur la loi de nature, dégénéra. Mais longtemps elle garda assez de vérité et de vertu pour faire des nations glorieuses et fortes comme la Grèce et Rome.

Rome ne pouvait pas monter plus haut ; mais il semble qu’elle aurait dû se maintenir sur ce sommet glorieux qu’elle avait atteint. Or, sa décadence est commencée, et elle est très rapide. Qui l’arrêtera ? Personne, parce que la foi religieuse de Rome se meurt.

Jéhovah lui-même paraît avoir abandonné son peuple, parce que le peuple l’oublie et néglige de le servir.

Le Juif est dispersé dans le monde entier. Il n’a plus de patrie, et s’il n’avait pas encore son temple, il ne serait plus que l’ombre d’un peuple.