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La Monongahéla

— Je dis, mon commandant, que la chose m’irait comme le nœud va à la garcette.

— C’est dit, mon vieux. Mais je ne te cache pas que vous pourriez bien y rester tous.

— Je m’en bats l’œil, mon commandant, je m’en moque comme de ma première chique.

— Eh bien ! ce soir, à la tombée de la nuit, tu prendras le commandement du poste, et n’oublie pas que tu tiens dans tes mains le sort de la place.

— On s’en souviendra, mon commandant.

« À la brunante, j’étais assis près de la porte du fort en attendant mes hommes qui étaient dans ce moment-là je ne savais où, quand v’là qu’arrive tout doucement le père Rasle qui était l’aumônier de la garnison.

— Eh bien ! mon vieux Bertrand, qu’il me dit, tu vas donc en expédition ce soir ?

— Oui, mon aumônier.

— Tu n’a pas peur d’y filer ta dernière écoute ?

— Bah ! mon aumônier, aujourd’hui ou demain, il faut toujours bien finir par la filer.

— Oui, mais encore faut-il être prêt à la filer ; car on ne sait pas comment se battra le rappel dans l’autre côté.

— Dame ! mon aumônier.

— La consigne est sévère, et si…

— As pas peur ! mon aumônier.