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La Monongahéla

On peut paraître étonné qu’une poignée de soldats tiennent ainsi en échec et écrase, pour nous servir de l’expression si juste de Ferland, un ennemi plus de vingt fois supérieur en nombre. Mais outre la bravoure incomparable de nos troupes, celles-ci profitaient aussi de l’inexpérience de Braddock dans ces sortes de guerre. En effet, le général anglais massait ses forces en colonnes solides au lieu de les déployer en tirailleurs et les lançait contre un ennemi imaginaire dont il croyait remplis les bois environnants. Celles-ci étaient alors assaillies par un ennemi qui était partout à la fois et qu’elles ne voyaient nulle part.

L’artillerie avait d’abord excité la plus grande frayeur parmi les sauvages, frayeur qui s’était bientôt communiquée à une partie des canadiens, presque tous des jeunes gens qui voyaient le feu pour la première fois. Mais Daniel de St. Denis et Nicolas de Neuville, qui les commandaient, ramenèrent par leur bravoure et leur sang-froid la confiance dans les rangs.

Le brave Dumas se multipliait et voyait partout. À un moment donné, il envoie le chevalier LeBorgne et M. de Rocheblave porter l’ordre aux officiers qui commandaient les Canadiens et les sauvages de se jeter sur les flancs de l’ennemi.

Daniel de St-Denis s’élance à la tête de ses Canadiens, mais dès la première décharge, il tombe blessé