Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/217

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
219
La Monongahéla

— Par quel miracle du ciel vous ai-je retrouvée ici ? s’écria-t-il de nouveau.

— Questionnez Inès, répondit Doña Maria, et elle vous dira que depuis votre départ, j’y viens tous les soirs.

Cette fois Daniel se prit à trembler d’espoir et d’amour.

Quant à la jeune fille, elle avait tant pleuré, tant souffert depuis deux ans, que l’amour fut plus fort que la pudeur virginale.

— Approchez, Daniel, dit-elle ; tenez, voici ma main.

Le jeune homme se précipita sur cette petite main qu’il pressa dans les siennes.

Doña Maria arrêta sur lui un regard de tendresse inquiète :

— Laissez-moi voir, reprit-elle, si vous avez bien changé, Daniel… Oh ! oui, la douleur a creusé son sillon sur votre front, mais elle l’a ennobli. Vous êtes aussi brave que beau, Daniel ; car je sais les dangers que vous avez courus…

— Comment ! vous savez ?

— Médard Jallot est venu ce soir et il m’a tout dit, même jusqu’à votre présence probable ici. Alors je suis venue à vous puisque vous ne vouliez pas revenir à moi. Comprenez-vous maintenant ?

— Médard Jallot est un indiscret.