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La Monongahéla

pour les Scandinaves, flottaient au-dessus des brouillards, venait d’apparaître à ses regard.

Un instant cette gracieuse apparition parut se fondre dans la nuit ; mais ce n’était que l’erreur de ses yeux qui, malgré lui, se couvrirent d’un voile : la blanche apparition était toujours à la même place. Quand ses forces revenues il put avancer, la vision ne s’évanouit pas.

Alors le cœur du jeune homme se serra et une idée terrible traversa son esprit. Il pensa qu’il n’avait plus devant lui que l’ombre de Doña Maria descendue sur la terre pour lui demander pardon de l’avoir fait souffrir, et il eût mieux aimé, la voir là, vivante, mais impitoyable et dédaigneuse, que lui apparaître comme une ombre gracieuse et bienveillante.

Une voix, dont le timbre délicieux vibra à son oreille comme une note des concerts séraphiques, vint dissiper ces douloureux songes.

— C’est vous, Daniel ? je vous attendais ! dit cette voix.

— Doña Maria ! s’écria le jeune homme. N’est-ce pas plutôt votre ombre trompeuse ?

— C’est bien moi, répondit l’apparition.

— Ô mon Dieu ! murmura le jeune homme, l’épreuve sera terrible.

Il fit un pas et s’arrêta de nouveau :