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La Monongahéla

— Il l’était quand nous sommes arrivés.

— Èxpliquez-vous !

— Señora, vous vous rappelez les excursions que vous fîtes plus d’une fois à ce village avec votre père et mon maître. Vous savez combien celui-ci se montrait bon et compatissant pour ces malheureux qui, dans leur langage imagé, l’avaient surnommé « Le lys de la Vallée. » Quand il arriva hier soir sur les lieux, les sauvages, après avoir incendié l’hacienda, tenaient conseil et avisaient au moyen de s’emparer du fort et de massacrer la garnison. Petit Oranger le jeune chef, si remarquable par sa bravoure et son intelligence, promettait de s’introduire dans le fort la nuit prochaine pour assassiner votre père, privant ainsi la garnison de son chef.

— Ah ! mon Dieu ! c’est horrible ! s’écria la jeune fille.

— Mon maître, reprit Médard Jallot, avait entendu l’affreuse proposition. Alors au risque de sa vie, il entre dans le cercle, il se fait reconnaître de ses anciens amis, qui l’accueillent avec la plus grande joie, et leur reproche leur conduite. Il leur rappelle ses bienfaits et s’offre de leur obtenir justice, s’ils veulent lui confier leurs intérêts.

Ce ne fut pas sans difficultés, mais enfin il réussit à les ramener dans le devoir.

— « Mon frère pâle a toujours été bon pour le sauvage, lui dirent les vieux de la nation ; nous lui