Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/210

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
212
La Monongahéla

mon cœur depuis deux années. Et maintenant, parlez, parlez, Jallot, dites-moi tout.

— La señora connait-elle la manière dont mon maître a été traité à Mexico ? Sait-elle qu’il a été jeté en prison comme un malfaiteur ?

— Oui, je sais qu’il a été retenu trois mois captif, grâce à la recommandation particulière de Don Gusman, le misérable.

— Eh bien ! señora, mon maître a été retenu deux mois encore sous divers prétextes qui tendaient à le faire accepter le commandement d’une compagnie de cavalerie dans l’armée espagnole. Il y a six mois, nous nous mîmes en route, et Dieu sait ! les misères que nous avons endurées pendant un voyage de trois cents lieues.

Enfin hier soir, nous arrivions au village del Bernardo au moment même où les flammes dévoraient l’hacienda de Don Gusman.

— Comment ! s’écria la jeune fille, l’hacienda est détruite ? Mais alors Don Gusman est ruiné !

Et Doña Maria, dans son égoïsme d’amoureuse, se dit que ce désastre allait peut-être aider à son bonheur en éloignant un obstacle.

— Oui, señora, reprit Médard Jallot, l’alcade est ruiné ; il tombe victime de ses exactions envers les sauvages qui se sont eux-mêmes faits justice.

— Mais le village est donc en pleine révolte ?