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La Monongahéla

commandant, ne lui avait pas caché non plus le rapport qu’il avait expédié au vice-roi. Or, il s’agissait pour Don Pedro des conséquences les plus graves, de la perte de son avenir et de celui de sa fille qu’un mal étrange consumait, autre chagrin, nouvelle source d’inquiétudes.

Puis à ces inquiétudes se joignait l’impatience. Don Pedro rêvait toujours le mariage de sa fille avec l’alcade. S’il était cassé dans son commandement, la fortune de son gendre les mettait, lui et son enfant, à l’abri du besoin.

Mais chaque fois qu’il s’ouvrait de ses projets à Doña Maria, celle-ci lui répondait par ses larmes. Il résolut d’en finir cependant et quelques semaines avant l’époque où nous reprenons notre récit, la jeune fille avait reçu l’injonction de se préparer à épouser Don Gusman dans quinze jours.

Celui-ci aurait été au comble de ses vœux n’eût été ses inquiétudes sur le sort de son hacienda dont il était sans nouvelles depuis plusieurs jours.

Ce soïr-là, à la tombée de la nuit, Doña Maria était seule sur la terrace. La tête couverte d’une écharpe de soie, sous laquelle s’échappaient d’une abondante chevelure et tombaient négligemment sur ses épaules, de longues tresses de cheveux noirs, la jeune fille portait sur ses traits charmants l’empreinte d’une profonde et secrète souffrance.