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La Monongahéla

obstacles s’aplaniront, et ce personnage sera trop heureux de vous donner sa fille en mariage.

Le jeune homme, à ces paroles qu’il prit pour une atroce ironie, se leva et regarda bien en face le vice-roi, décidé à se venger sur le champ de cette injure, dût-il s’ensuivre les plus graves conséquences ; mais il vit sur le visage de son amphitryon tant de calme bonhomie, que sa colère tomba. Alors il se rassit, baissa les yeux et resta sombre et silencieux pendant quelques instants.

Les convives, croyant qu’un dernier combat se livrait dans l’âme du jeune homme avant d’accepter ces offres brillantes, respectèrent son silence. Enfin Daniel s’adressant au vice-roi :

— Monseigneur, dit-il, je vous remercie de vos bontés, mais je les refuse de nouveau : jamais je ne servirai un autre maître que celui à qui j’ai juré fidélité.

— N’en parlons donc plus ! répliqua le vice-roi avec un soupir de regret, et il se leva de table.

Daniel demanda dès le lendemain ses passe-ports et une escorte pour le conduire jusqu’au Presidio del Norte ; mais sous divers prétextes, le vice-roi le retint encore deux mois dans l’espoir de le gagner à sa cause. Il put partir enfin, chargé de présents, sans avoir obtenu cependant ce qui avait été le but de son voyage, la liberté commerciale entre la Louisiane et le Mexique.