Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/193

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
195
La Monongahéla

— Sauvez-vous ! s’écria Irène, si on nous surprenait à conspirer, tout serait perdu.

— Non, je reste, répondit Nicolas ; car quelque chose me dit que mon sort se décide en ce moment. L’œil ne peut pénétrer à travers ce rideau de feuillage. Du reste quel mal faisons-nous ?

Le vieux couple arrivait en ce moment auprès des deux jeunes gens. Ceux-ci restèrent immobiles, la main dans la main et retenant leur souffle.

— Mon ami, disait madame de Vaudreuil, le bonheur ici-bas ne consiste point dans le nom et la richesse, dans cette dernière surtout.

— Elle ôte du moins bien des soucis, bien des inquiétudes ?

— Sans doute, mais la joie d’une conscience tranquille et la satisfaction du devoir accompli sont des bonheurs sans mélange.

— Eh bien ! c’est pour remplir un devoir que je veux marier Irène à un parti opulent.

— Ne croyez-vous pas d’y forfaire plutôt si par ce mariage yous brisez son cœur ?

— Propos de femme que tout cela ! chimères romanesques où vous ne voyez que l’amour. Eh bien ! l’amour s’en va et la misère reste.

— Osez-vous bien blasphémer ainsi ?

— Comment ! madame, que voulez-vous dire ?