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La Monongahéla

« On me demanda mon avis et je conseillai à l’amiral de louvoyer au large, ce qui aurait retardé la marche de la flotte et vous aurait donné plus de temps pour vous préparer à nous recevoir.

« Oui, mais va-t-en voir : l’amiral eût des soupçons. Après avoir consulté ses pilotes, il fît le signal aux autres bâtiments de porter au sud. Il se flattait que dans cette position, les vaisseaux ne dériveraient pas au nord et que le courant les tiendrait au milieu du fleuve.

« Eh bien ! mon commandant, v’là ce qui les perdit et je leur aurais commandé la manœuvre que je n’aurais pas mieux fait.

« En avant, le branle-bas de malheur ! Le contraire de ce que l’amiral attendait arriva : dans l’espace de deux heures, les vaisseaux furent portés vers la côte nord, au milieu des rochers où la flotte faillit périr toute entière.

« Pour lors, il était huit heures du soir et j’étais accoudé sur les bastingages de tribord quand, crac ! v’là le navire qui touche, frappe sur un rocher et s’ouvre en deux. Je n’eus que le temps de saisir une épave et de me recommander à la Bonne Ste-Anne. Tout d’un coup, je me sens frappé sur la tête comme si j’avais reçu un maître coup de poing, et puis plus rien…

« Quand je repris connaissance, j’étais couché sur un rocher et une belle lune du pays, au-dessus de