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La Monongahéla

— Tu connais tous les détails de la catastrophe ?

— Oui, mon commandant, que je m’en vante.

— Eh bien ! raconte, mon ami, et ne ménage pas les détails.

Pierre Paradis,[1] d’abord un peu timide de se voir le point de mire de tout ce beau monde, reprit bientôt toute son assurance ordinaire.

Ayant fait passer sa chique de la joue droite à la joue gauche, il mit la main devant la bouche, se détourna, lança dans l’antichambre un long jet de salive noirâtre, avança le pied et se balançant sur ses hanches :

— Pour lors, mon commandant, dit-il, puisque vous m’ordonnez de vous larguer la vérité en grand, je vas vous la larguer en deux temps et deux mesures.

« Pour lors il y avait pas mal de temps que je mangeais avec les autres camarades les fayols des Anglais dans le port de Plymouth quand, un bon matin, on m’amena devant un certain particulier qui avait pas mal de pompons à son chapeau.

— Tu connais le St. Laurent ? qu’il me dit dans son baragouin.

— Je m’en vante que je le connais.

— C’est bien. Tu vas venir avec nous, tu nous

  1. Personnage historique.