Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/174

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
176
La Monongahéla

tagne et engloutit tout sur son passage, voilà que de la dunette Nicolas de Neuville, à la tête de ses hommes, tombe sur le derrière des Anglais qui sont parvenus à repousser au pied du grand mat Bertrand et les quelques matelots qui restent debout. Ce secours décide la victoire. Étourdis par cet ennemi nouveau, les Anglais hésitent d’abord, se comptent de l’œil et se rendent ensuite.

Seul un jeune officier résiste et combat avec une bravoure digne d’un meilleur sort.

— Bendez-vous ! lui crie Bertrand en se lançant à sa rencontre.

Pour toute réponse, le jeune officier tire un pistolet de sa ceinture et ajuste son adversaire. D’un coup de hache, Nicolas qui a vu le danger que court le vieux maître, lui fend la tête, mais trop tard : Bertrand est frappé en pleine poitrine par la balle et tombe comme le chêne sous la cognée du bûcheron.

Cette victime est la dernière. Les Anglais sont désarmés, tandis que l’on transporte sur la dunette le vieux maître mortellement blessé.

L’exaspération est telle parmi les matelots canadiens qui chérissaient tous Bertrand, que, sans l’ascendant de Nicolas de Neuville sur ses hommes, ceux-ci, pour venger leur camarade, auraient certainement massacré les vaincus jusqu’au dernier.

Des cinquante hommes que commandait Nicolas, il en restait à peine une vingtaine ; mais sur le pont