Page:Rousseau - La Monongahéla, 1890.djvu/172

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
174
La Monongahéla

commandant ne put lui-même se soustraire, en dépit de sa dignité toute britannique.

— Mon cher Oswald, dit-il au jeune officier, quand ces deux bachots seront à portée, vous leur enverrez un ou deux boulets à couler bas pour leur apprendre à vivre.

— Dois-je appeler sous les armes la bordée de quart ?

— À quoi bon ?

— C’est tout, mon commandant ?

— Oui, lieutenant.

L’officier se retira en saluant.

Quand il revint sur le pont, les deux chaloupes n’étaient plus qu’à une portée de fusil du navire. Une seconde détonation se fit entendre et un second boulet passa à deux pieds de la première chaloupe en brisant une rame dans les mains d’un matelot.

— Ce n’est rien, mes enfants, cria Bertrand, hardi sur vos rames ! attention à l’abordage !

Quelques instants après, la chaloupe, trop chargée et vermoulue, frappait l’avant du vaisseau et s’éntre-ouvrait. Mais déjà les matelots, comme des sangsues, étaient collés aux flancs du navire, et s’aidant des cordages, des manœuvres, de tout ce qui leur tombait sous la main, se hissaient en deux bonds sur le pont. Bertrand le premier rendu, fendit d’un