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La Monongahéla

mats, silencieux comme un navire enchanté. Personne ne semblait s’inquiéter à bord de la marche de ces deux chaloupes et se douter qu’on allait être attaqué. Comment supposer en effet qu’une poignée d’hommes sur deux mauvaises embarcations viendrait offrir le combat à un aussi puissant adversaire. Les chaloupes avançaient cependant. À peine deux encablures les séparaient du navire. Tout à coup la bouche d’un canon parut dans l’ouverture d’un sabord, l’éclair jaillit et un boulet, passant à deux brasses de la première chaloupe, vint se perdre dans la mer un peu plus loin.

— V’là le signal de la danse, mes enfants, fit le vieux maître, les violons s’accordent. Quel effet moral ressens-tu, Pompon-Filasse, mon garçon ? Puis se redressant de toute la hauteur de sa taille :

— J’aborde à tribord ; toi, Caraquette, fais porter à bâbord. Courage, mes enfants, le navire est à nous. Vive la France !

— Vive la France ! répétèrent tous les matelots.

On commençait à s’inquiéter cependant à bord du vaisseau anglais. Ces deux chaloupes qu’on avait cru d’abord montées par des pêcheurs en détresse commençaient à montrer des allures si douteuses, que l’officier de quart descendit auprès du commandant. Quand il fit part de ses inquiétudes, il futsalué par le fou-rire de tous ses collègues auquel le