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La Monongahéla

sais-tu faut seulement ce que c’est que la vanité ?

— Dame, maître, la vanité… la vanité… e’est comme qui dirait les femmes quand elles se pavoisent toute la ralingue de rubans et qu’elles se mettent les cheveux sur les écubiers, comme les sauvagesses des pays d’en haut.

— Tu n’y entends rien, mon garçon, il y a des vanités plus grandes que les autres vanités, à preuve que j’ai lu dans un gros livre, qu’un particulier de la mer du sud avait coupé la queue à son chien pour faire parler de lui.

— En v’là un drôle de particulier ! fit un matelot.

— Mais, maître, reprit Pompon-Filasse, il y a une chose curieuse.

— Quoi donc ? mon garçon.

— C’est quand on parle des femmes vous faites toujours la grimace. Que vous les aimez donc pas les femmes, maître ? Moi, je rêve qu’à ça.

— Regarde-moi, ton gabarit, mon garçon ; avec ta chevelure de vieux bouts d’amarre échiffée, dis-moi nonobstant si le bon Dieu t’a gréé d’un physique pour naviguer dans les bonnes eaux des femmes ?

— Mais, maître, je connais ça, les femmes.

— Pompon-Filasse, mon garçon, reprit le vieux maître en se soulevant, il a femme et femme, comme il y a matelot et matelot, il y a des femmes de toutes sortes. Il y en a dont l’embonpoint attire les regards, il y en a qui sont faites comme des sabres