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La Monongahéla

voisine du mépris avec laquelle la jeune fille accueillait l’attentat dont il avait été la victime.

— Doña Maria, dit-il tout doucement, j’aurais peut-être, tant l’espérance est folle et tenace, douté de vos paroles, mais vos actions m’ont éclairé entièrement. C’est à mon ennemi que vous avez couru, et cependant c’est mon sang qui a coulé. Voyez, il coule encore.

— Ciel ! s’écria la jeune fille avec un geste d’effroi à la vue des taches de sang qui souillaient le pourpoint du jeune homme, et elle fit mine de s’élancer vers lui. Mais Daniel, la repoussant de la main :

— Il est trop tard ! dit-il avec un sourire navré. Le mal est fait. Adieu ! j’ai trop longtemps été votre hôte, trop longtemps j’ai respiré l’air empesté de cette maison maudite, trop longtemps je me suis empoisonné au souffle impure d’une fille sans cœur. Mes dernières espérances sont brisées, ma vie sera désormais sans but sur la terre. Adieu !

Et le jeune homme, après avoir lancé cet anathème, se dirigea vers une brèche faite dans la muraille de l’enceinte.

La jeune fille se précipita sur ses pas en joignant les mains, tandis que par suite des sentiments qui réagissaient sur elle, ses yeux se mouillaient de larmes brûlantes.

— Daniel ! où allez-vous ? dit-elle. Le toit de mon père vous protégera.