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La Monongahéla

fille dont l’attention venait d’être attiré par le frémissement presque imperceptible d’un massif d’orangers.

— Chut ! s’écria-t-elle, n’avez-vous pas entendu du bruit ?

Heureux de pouvoir rencontrer quelqu’un sur qui déverser le trop plein de sa sourde colère, le jeune homme se retourna, l’œil enflammé, la main sur la garde de son épée. Mais le silence de la nuit n’étant troublé que par les battements de son cœur, il reprit son attitude morne et pensive. Alors s’appuyant de nouveau à la grille :

— Qui sait ? dit-il mélancoliquement, si ce n’est pas l’âme désolée d’un pauvre amant mort de désespoir de n’avoir pas été aimé !…

— Santa Maria ! s’écria la jeune fille en tirant de dessous son rebozo son bras nu pour faire le signe de la croix, croyez-vous donc qu’on en meure ?

Le jeune sourit tristement et répondit :

— Peut-être !

Puis après un court silence, il reprit :

— Ecoutez, Doña Maria. Vous êtes ambitieuse, vous aimez la richesse, le luxe, les plaisirs, et c’est parce que Don Gusman par sa fortune est capable de vous donner tout cela que vous allez l’épouser. Eh bien ! si vous m’aimez, Doña Maria, moi aussi je deviendrai riche, moi aussi je vous donnerai ce