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La Monongahéla

fort. Offrez votre bras à Dona Maria, senor de St-Denis. Vous, mon cher Don Gusman, faites-moi un bout de conduite, et ce soir chez moi pour fêter notre hôte.


XIV

Premier amour.


C’était un assez détestable personnage que Don Gusman de Santocha. Très-fier de sa noblesse qu’il faisait remonter aux anciens rois d’Aragon, l’alcade nourrissait également de fortes prétentions au bel esprit, à l’élégance et à la distinction. Il se croyait irrésistible et celui qui aurait assumé la tâche de le convaincre qu’il n’était pas la coqueluche de toutes les belles dames, y aurait certainement perdu son éloquence et son temps.

Don Gusman était riche, et sa qualité de premier magistrat de l’endroit lui donnait une considération et un prestige dont il se servait pour éblouir les badauds, parmi lesquels figurait — notre rôle d’historien impartial nous force à l’avouer — le trop crédule et trop confiant Don Pedro lui-même.

L’alcade du reste exploitait cet engouement et faisait miroiter devant les yeux du commandant une grandesse d’Espagne, si certain projet d’alliance avec Doña Maria était couronné de succès.