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La Monongahéla

Au si anal donné, la barrière s’ouvre et le taureau s’élance au milieu de l’arène, salué par les applaudissements et les cris des spectateurs.

À ce bruit, à ces cris, il s’arrête inquiet, troublé. Ses naseaux fument, ses regards brûlant errent tout autour de lui ; c’est alors qu’on peut constater la beauté de la terrible bête à laquelle on va offrir le combat. Il se bat les flancs de sa queue et laboure le sol de son sabot, semblant en proie autant à la surprise qu’à la fureur.

Tout à coup un banderillo, placé près d’un cavalier, en face du taureau, agite un voile de pourpre ; l’animal se précipite tête baissée sur le cavalier qui lui fait de sa lance une large blessure d’où le sang coule, après quoi il fuit à l’autre extrémité de l’arène.

Le taureau s’irrite de plus en plus. Il court à droite sur un second cavalier qui le blesse également, et va recevoir une troisième blessure plus loin. Il mugit, il écume, il bondit sans pouvoir attraper ses adversaires, il va s’épuiser en vain et succomber sous mille coups qu’il ne peut rendre, quand un cavalier, plus téméraire que les autres, s’est laissé surprendre dans un coin de l’arène et se trouve pris entre celle-ci et l’animal furieux.

C’en est fait de l’imprudent ! D’un coup de ses cornes aiguës, le taureau va éventrer cavalier et cheval.

Un immense cri de terreur s’échappe de toutes ces