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La Monongahéla

que celui qui s’avançait allait être le premier qui eût atteint ces parages nouveaux.

Il marchait cependant sous ses trois huniers, son grand foc et sa brigantine ; mais si lentement, et d’une allure si triste, que les curieux se demandaient s’il n’était pas arrivé à bord quelque accident. Néanmoins les experts en navigation reconnaissaient que si réellement un accident était arrivé, ce ne pouvait être au bâtiment lui-même, car il s’avançait dans toutes les conditions d’un navire parfaitement gouverné : son ancre était au mouillage, ses haubans de beaupré décrochés, et sur la passerelle se promenait un jeune homme au geste rapide et à l’œil actif, son porte-voix à la main, surveillant chaque mouvement du navire et donnant ses ordres d’une voix nette et brève.

La vague inquiétude qui planait sur la foule semblait cependant avoir atteint d’une façon plus intime un des spectateurs pour lequel tous les curieux montraient la plus respectueuse déférence. N’y pouvant plus tenir, ce personnage sauta dans une petite barque et ordonna au patron de ramer vers le bâtiment qu’elle atteignit bientôt.

En voyant venir ce canot, le jeune marin de la passerelle quitta son porte-voix et vint s’appuyer à la muraille du vaisseau.

En jetant les yeux sur ce jeune marin, un sourire éclaira le visage de l’homme de la barque. Tout en