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La Monongahéla

Les Français s’attaquèrent ensuite à la seconde enceinte fortifiée. En un instant la porte fut entourée de matières inflammables et dévorée par les flammes. Comme le feu n’allait pas assez vite, on acheva l’enfoncer avec une pièce de bois dont les matelots se servirent en guise de bélier. Partout on commençait à escalader les fortifications. Les blessés et les morts, entassés tout autour du mur, aidaient de nouveaux assaillants à sauter par-dessus les retranchements. Les sauvages poussaient des cris aigus, et, semblables à des spectres fantastiques, aux premières lueurs du jour qui éclairaient d’étranges reflets leur poitrine nue et ruisselante du sang des blessures qu’ils avaient reçues, bondissaient comme des jaguars, tuant, blessant, détruisant, renversant tout.

Une affreuse consternation s’empare de tous les cœurs, dans le fort ; on s’élance, on court, on bondit en tous sens sans savoir ce que l’on fait, ni où l’on va. Un pèle-mêle horrible en résulte. Une décharge tombe au milieu de ce chaos et couche sur le sol un grand nombre de ces malheureux qui ne devaient plus se relever. Le désordre redouble. Les décharges succèdent aux décharges. Partout on court, on se heurte, on crie, on se presse : c’est un délire, une frénésie de terreur sans nom.

Enfin une partie de la garnison, avec le commandant, peut gagner un petit fort situé à l’autre extrémité de la place, tandis que la plus grande partie