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Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/81

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Suite et fin des confessions 7 t

Néanmoins Rousseau abandonna le projet d’écrire une troi- sième partie de ses Confessions. Dans le discours prononcé avant chacune des trois lectures des Confessions, il déclarait déjà; saprès avoir poussé l’exécution de cette entreprise assez loin, je me suis vu forcé d’y renoncer ou du moins de la suspendre; mais ce qui est fait, suffit pour qu’on puisse porter un jugement éclairé et de moi et des gens à qui j’ai eu affaire.» (166) Dans les Confessions elles-mêmes il caractérise les livres IX — XI de l’histoire de sa vie comme ceux où il marque toutes les causes premières des événements qui le regardent, des traitements qu’il a soufferts, et de tout ce qui lui est arrivé. (167) Dans les Dialogues enfin nous lisons le passage suivant: Rousseau »a dignement exécuté ce projet (d’écrire sa vie) jusqu’au temps des malheurs de sa vie (le voyage en Angleterre); dès lors il s’est vu forcé d’y renoncer. Accoutumé à ses douces rêveries , il ne trouva ni courage ni force pour soutenir la méditation de tant d’horreurs ; il n’aurait même pu s’en rappeler l’effroyable tissu, quand il s’y serait obstiné. Sa mémoire a refusé de se souiller de ces affreux souvenirs; il ne peut se rappeler l’image que des temps qu’il verrait revenir avec plaisir: ceux où il fut la proie des méchans en seraient pour jamais effacés avec les cruels qui les ont rendus si funestes, si les maux qu’ils continuent à lui faire ne réveil- laient quelquefois, malgré lui, l’idée de ceux qu’ils lui ont déjà fait souffrir.* (168)

Rousseau avait promis ses confessions et il croyait avoir rempli sa promesse. Pour l’auteur même elles furent l’expiation des fautes et des erreurs de sa vie; elles devaient être sa justi- fication auprès des lecteurs. Mais l’expérience le détrompa cruellement. Les hommes à qui il lut ou confia ses mémoires, pour les mettre en état de combattre les calomnies et les mensonges de ses ennemis, »ne firent de ce dépôt sacré de l’amitié qu’un instrument d’imposture et de trahison.^ Ils initièrent le public à toutes les faiblesses, aux fautes les plus secrètes de Rousseau, et au lieu de citer en même temps tout ce qui parlât en sa faveur, ils exagérèrent et aggravèrent encore ces fautes. Alliés aux ennemis de Rousseau qui falsifiaient les ouvrages publiés, ils falsifièrent à leur tour les mémoires dont ils devaient la connaissance à la confiance de l’auteur. >£h! s’écrie celui-ci, puisqu’ils savent empoisonner ses écrits qui sont sous les yeux de tout le monde, comment n’empoisonneraient-ils pas sa vie, que le public ne connaît que sur leur rapport.* (169)

Les Confessions sont inspirées par la plus grande fierté morale. »Quand Rousseau, dit-il lui-même, se vit défiguré par les

(166) Stieckeisen-Moulton. Oeuvres et cerr. iitéd. p. 327.

(167) Oeuvr. campl. Conf. IX. 33.

(168) Oeu-ur. campl. Rousseau Juge de yean-Joeques, Dtalosiies. IX, Ï34 etc.

(169) Ibid. p. 266.