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Page:Rousseau - Fragments inédits éd. Jansen 1882.djvu/77

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La testament de Jean-Jacques Rousseau 67

>le diffamer . . .; et le plus sacré dépôt de l’amitié est devenu dans leurs tnàins l’instrument de la trahison. Ils ont travesti ses défauts en vices, ses fautes en crimes, les faiblesses de sa

jeunesse en noirceurs de son âge mûr« «Pour décrier

ses Confessions ... ils ont intrigué, manœuvre, dans lotis les lieux où il a vécu, et dont il leur a fourni les renseignements, pour défigurer toute sa vie, pour fabriquer avec art des men- songes, qui en donnent l’air à ses Confessions, et pour lui ôter le mérite de la franchise, même dans les aveux qu’il fait contre \m.’ (159) Rousseau renonça à tout commerce avec le comte d’Egmont et sa société, et rompit avec Dusaulx et ses con- génères. "Que pouvais-je attendre, s’écrie-t-il, des gens qu’on avait mis autour de moi depuis ce temps-là, et dont toutes les manœuvres m’annonçaient si clairement les intentions? Leur commettre mon manuscrit n’était autre chose que vouloir le remettre moi-même à mes persécuteurs ; et la manière dont j’étais enlacé ne me laissait plus le moyen d’aborder autre personnes (160) Voiià donc le malheureux Rousseau retombé dans sa funeste manie de persécution. En ce moment il se brouilla même avec DucLOS, dont il avait cultivé l’amitié depuis vingt ans, et qu’il avait toujours regardé comme le seul homme sûr, vrai et ver- tueux parmi les gens de lettres. Duclos mourut en 1772. Quatre ans plus tard, Rousseau l’accusa publiquement d’avoir abusé de la manière la plus honteuse des Confessions qu’il lui avait confiées, et de n’avoir fait adu plus sacré dépôt de l’amitié qu’un instrument d’imposture et de trahison.» C’est à cause des Coufessions qu’il rompit aussi le commerce avec madame DE Ckéqui »au bout de trente ans d’une amitié très-suivie.< fiôi) Tels furent les résultats de la singulière entreprise de Rousseau de ^découvrir et de déconcerter la grande conspiration de ses ennemist par la communication de ses Mémoires faite à certaines sociétés et aux intimes.

LE TESTAMENT DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU

L’auteur des Confessions avait été prévenu à temps, et cela très sérieusement, des dangers que ses fatales démarches devaient attirer sur sa personne, M. de Saint-Gebmain, à qui il avait exposé son plan, à Monquîn, le a6 février 1770, lui répondit deux jours après: que Rousseau donnait, par sa trop grande sensibilité, les armes les plus cruelles entre les mains de ses ennemis, qu’il gémissait néanmoins avec raison du temps qu’il avait dépensé parmi les grands, les beaux-esprits et les oisifs, parce que sa sincérité et son honneur, malgré la supériorité et la

(159) Ibidem IX. 266.

(160) Ibid. IX. 316.

(161) Ibid. IX. 316. — Musset Patfaay, Oenvrts inéSles de J.-J. Rousseau etc. I- P- 473- «4-